25 septembre
Par Joris Ruhl, mardi 26 septembre 2006 à 17:40 :: General :: #17 :: rss
Lundi 25.
Les émeus en classe verte. Ca s'est passé dimanche et lundi. Main dans la main, deux par trois, goûter dans le sac, houppette au vent, chaussure anti-scorpions-de-la-jungle soigneusement lacées ou tongues anti-commentaires-podoeffluvesques-désobligeants (au choix): c'est parti pour deux jours d'aventures folkloriques, guidés par l'hilarant et gesticulant Nixon, ami sourd-muet de Rhum, maquilleur de Katakali de son état.
Le folklore au Kerala, c'est avant tout les transports en commun. On avait déjà eu droit aux Rickshaw (petits taxis à trois roues et le double de passagers) et au bus sauteur: engins de gabarit soviétique qui se jouent des dos-d'âne avec plus d'allégresse que la charrette à Gaston quand il pense à Mlle Jeanne. On a cette fois connu moult autres spécialités locales.
Le bus tire-fesses, dit également arrêt facultatif ou encore Heisse Liebe (private jokes en chaîne: si t'as pas compris c'est tant mieux, ça veut dire que vous êtes plus de quatre à lire ce blog): ce bus ne s'arrête pas à l'arrêt. Tu sautes et si t'es dedans c'est bien. Sinon, c'est comme au ski: tut te laisse traîner jusqu'à "l'arrêt" suivant.
Le bus ambiance tropicale. Il contient autant de personnes que le stade de la Meinau lors d'une affiche telle que Strasbourg/ Châtillon-sur-Seine, mais pour un encombrement beaucoup plus intéressant. A l'intérieur, aucune difficulté pour rester debout, malgré l'allégresse chronique sus-mentionnée: on y tient droit comme une paille dans le jus d'ananas qu'on boit ici. D'ailleurs, sortir du bus donne la sensation de s'extraire d'un fluide épais, tiède et grumeleux.
Il y a le bus macumba night qui sert une soupe R&Bollywoodoïde à feudon, le bus de haute montagne qui va aussi lentement qu'il est ambiance tropicale (combine les avantages s'il est également tire-fesses), le ferry boat des prairies (la proue fendant les étendues de plantes aquatiques qui flottent entre les îles), le train normal (presque normal) et mille autres petites merveilles.
Première destination (celle du tout Cochin le dimanche à la campagne): les chutes de Fliegel. Baignade dans les tourbillons, douchade dans la mousson, brumisade géante en bas des chutes, singes, papagayes, buffles en compétition de c'est-qui-qu'à-la-paire-de-corne-la-plus-invraissemblable, paille dans noix de coco fraîche, rires benêts, peau du ventre bien tendue, merci petit Jésus.
Second épisode: chez le frère de Nixon. La moitié du village y est réunie pour une mystérieuse prière -catholique- dont ce pieux pays à la secret, encadrée par un fantastique riz Biryani et de merveilleuses Porottas, dont cette vicieuse contrée à le secret. Un évangéliste tombe amoureux de Nicalotte. Il le prend par la peau du cou et l'amène à l'étage pour un entretient particulier. On craint durant vingt minute de ne pas le récupérer intact. A l'heure actuelle, la crainte n'est d'ailleurs pas définitivement levée.
Nixon, lui, est un mécréant de premier ordre. Rebondissant sur l'exclamation lyrique et délicate de Clamelehaut: "we have no faith" -le lecteur attentif aura remarqué que, Nixon étant sourd, l'auteur de ce texte est taxable d'interprétation-, il nous utilise pour échapper à la corvée dominicale. Tout content de son mauvais coup, il s'empresse de sortir son paquet de cigarettes (interdite dans la rue ici) et nous finissons dans un bouge immonde en orgie de noix de coco fermentée, bavants et hilare. Trois références célèbres pour vous permettre de vous représenter la schliebel: la scène du banquet dans le mauvais film de Burton la planète des singes; une scène de taverne dans la mauvaise bd Lanfeust; Niquelalinotte et sa bouteille de rhum en coulisse d'un mauvais concert des émeus en salle Kantor.
Quelques magnifiques moments en compagnie de Nixon, sa femme (également sourde et muette) et de leurs deux filles, quelques heures de bus, quelques minutes de visite du "cnsmd local" et quelques heures de bus ont complété cette récréative escapade.
Florent, merci de tes commentaires. On allait justement commencer à les écrire nous même pour rendre le blog un peu plus vivant. En tous cas, le débat abordé atteint ici des sommets d'intensité. (C'est pas tout à fait vrai, mais ça fait une phrase plus jolie)
A bientôt tous.
Commentaires
1. Le mercredi 27 septembre 2006 à 00:07, par Berfélagor
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.