Vendredi 8 septembre (au réveil -tardif, il est 9h)

Les corneilles grincent, les ventilateurs ventilent, quelques postes de télés crachent la redoutable bande son de quelque émission musicale, une foultitude de choses bruyante bruite. L'Inde bruite, olfacte, moitifie, pète aux yeux et à la bouche et plus car affinités.

Entrée en matière saisissante hier matin, à l'occasion du trajet en taxi de l'aéoroport à Kochin. Grosmélo avait beau nous avoir prévenus, l'inénarrable témérité du chauffeur -et apparemment de quiconque s'aventure sur la route- nous à fait rire jaune et bleu et vert et mauve et jaune et vice et versa. En fait, il semble qu'il s'agît ici de se frayer un passage dans la circulation au klaxon comme on se fraye un passage dans la jungle à la machette. En plus dangereux. Les routes ne sont pas rigides comme en France: elles sont élastiques. Et comme un boa avale un éléphant, la route accueille de front -dans les deux sens indifféremment- un bus, quelques voitures, une demi douzaine de deux roues, et cinq visages très pâles dans un taxi.

Anecdotes: Repas au bouiboui hier soir; avons tous pleuré le piment en tentant de bégayer un "c'est bon" assez convaincu et assez peu convaincant. Gromelo a promis qu'on sera habitués d'ici un mois. Grololo qui nous a tendu hier son premier piège: il nous a tous persuadés de se mettre à la mode vestimentaire locale: le longhi, une pièce de tissu qu'un rudimentaire (ouf) enroulement d'un savant (et merde) coup de main permet d'accrocher sur les hanches. Grandes difficultés toute la journée l'usage des deux mains a été nécessaire en permanence pour éviter un emprisonnement précoce pour attentat à la pudeur. Commentaires compatissants, encourageants ou dubitatifs toute la journée sur notre passage, paroxysme avec le joli succès populaire de jurhles le soir à l'occasion d'un rhabillage intégral sous les yeux attendris d'une trentaine d'autochtones qui n'en demandaient pas tant. Nous avons été accueillis hier par Suji, le chanteur du projet, hyper sympa et vaguement francophone qui nous a invité le soir à assister à une représentation de Katakali. Très impressionant, malgré le prè-visionnage en France d'une vidéo de Groslo, et la fâcheuse tendance qu'avaient nos têtes de tomber en avant de sommeil.

Note scientifique: Ici comme en France, les gens secouent la tête pour dire non. En revanche, ils ne la hochent pas pour dire oui, ils dodelinent. L'axe de rotation de l'encéphale ne traverse pas la tête d'une oreille à l'autre, mais de la nuque au nez.