Le blog des Emeudroïdes

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samedi 9 septembre 2006

9 sept

Samedi 9, au réveil

La journée d'hier nous a permis d'élaborer l'hypothèse selon laquelle le premier repas que nous avons fait jeudi était une tentative d'attentat anti-touriste maquillé. Ou un rituel de passage. Ou alors qu'on a plus aucune papille intacte. En tous cas, l'expérience culinaire est définitivement validée, petit dèj' (même repas que les deux autres) y compris.

Ce vendredi a été consacré à la sociabilisation. Première escale dans l'échoppe de la mère de Suji chez qui nous avons eu droit à notre deuxième petit dèj' -ou premir déjeuner, allez savoir. Contact très sympatique, Françoise a tenté quelques clichés avec un temps de pose frisant la seconde, Clamelotte a beaucoup mangé avant de s'exclamer: "It's very famous".

Plus tard dans l'après-midi nous sommes allé voir des amis de Roméo dont le père et le fils jouent de la clarinette. nous avons passé un agréable après-midi prolongé à grand renfort de thés et pâtisseries jusqu'au soir, à dicuter et jouer ensemble. Leurs clarinettes sont injouables. Niclotte leur a offert des anches injouables. (Rq scientifique: leur clarinette sont en ébonite, elles coûtent ici ce que coûte une boîte d'anche en France.) L'échange des cultures c'est beau: ils nous ont appris l'air de "Titanic" et de "le bon, la brute et le truand", nous leur avons montré "Tequila" et la musique de "Arizona Dream". Françoise a tenté quelques clichés avec un temps de pause frisant la minute. Calotte a beaucoup mangé puis n'a rien dit: repu il était.

Le soir nous sommes allé au Katakali Center écouter un concert de musique classique d'Inde du nord. Nous sentons bien que ce séjour se transforme en un stage d'écoute active à portée didactique intégrée à un contexte d'épistémologie directe (Pas d'inquiétude: c'est bientôt la rentrée à la FDCA, on s'échauffe en lançant des mot au hasard. Comme les tongues qui provoquent des ampoules tant que la corne ne s'est pas formée après le gros orteil, ces mots écorchent la bouche et les oreilles quand on en perd l'habitude.)

Enfin, nous avons mangé -pour 40 roupies (80 cents), le cuisinier les a dépensés en carburant pour nous rapporter en scooter le parapluie que Clamone avait oublié.

Journée parachevée par une mémorable partie de trou du cul à la maison. Nous travaillons d'arrache pied à l'établissement de règles de décompte des points. 650 amendements ont déjà été déposés. Nous comptons l'éditer prochainement.

Rq: Les légères tensions qui étaient apparues jeudi en raison de dépenses imprévues ont été fliebel par la confirmation inespérée du soutien financier de l'ambassade de France en Inde.

Rq: ici, fliebel signifie résorbées.

Rq scientifique: la résistance moyenne du visage pâle au port du longhi est ici inversement proportionnelle à la taille de ceux-ci. Ex: 1, 81m: une demi journée 1, 77m un journée 40 cm: deux jours.

Jeux concours: Répondez à la question suivante et gagnez un Nadhasvalayalam et deux baniachhminhanyam (à partir d'une précision de 10%).

Quel est, en euros, le montant du loyer de l'échoppe de la mère de Suji?

Indice: moins.

jours suivants

Vendredi 8 septembre (au réveil -tardif, il est 9h)

Les corneilles grincent, les ventilateurs ventilent, quelques postes de télés crachent la redoutable bande son de quelque émission musicale, une foultitude de choses bruyante bruite. L'Inde bruite, olfacte, moitifie, pète aux yeux et à la bouche et plus car affinités.

Entrée en matière saisissante hier matin, à l'occasion du trajet en taxi de l'aéoroport à Kochin. Grosmélo avait beau nous avoir prévenus, l'inénarrable témérité du chauffeur -et apparemment de quiconque s'aventure sur la route- nous à fait rire jaune et bleu et vert et mauve et jaune et vice et versa. En fait, il semble qu'il s'agît ici de se frayer un passage dans la circulation au klaxon comme on se fraye un passage dans la jungle à la machette. En plus dangereux. Les routes ne sont pas rigides comme en France: elles sont élastiques. Et comme un boa avale un éléphant, la route accueille de front -dans les deux sens indifféremment- un bus, quelques voitures, une demi douzaine de deux roues, et cinq visages très pâles dans un taxi.

Anecdotes: Repas au bouiboui hier soir; avons tous pleuré le piment en tentant de bégayer un "c'est bon" assez convaincu et assez peu convaincant. Gromelo a promis qu'on sera habitués d'ici un mois. Grololo qui nous a tendu hier son premier piège: il nous a tous persuadés de se mettre à la mode vestimentaire locale: le longhi, une pièce de tissu qu'un rudimentaire (ouf) enroulement d'un savant (et merde) coup de main permet d'accrocher sur les hanches. Grandes difficultés toute la journée l'usage des deux mains a été nécessaire en permanence pour éviter un emprisonnement précoce pour attentat à la pudeur. Commentaires compatissants, encourageants ou dubitatifs toute la journée sur notre passage, paroxysme avec le joli succès populaire de jurhles le soir à l'occasion d'un rhabillage intégral sous les yeux attendris d'une trentaine d'autochtones qui n'en demandaient pas tant. Nous avons été accueillis hier par Suji, le chanteur du projet, hyper sympa et vaguement francophone qui nous a invité le soir à assister à une représentation de Katakali. Très impressionant, malgré le prè-visionnage en France d'une vidéo de Groslo, et la fâcheuse tendance qu'avaient nos têtes de tomber en avant de sommeil.

Note scientifique: Ici comme en France, les gens secouent la tête pour dire non. En revanche, ils ne la hochent pas pour dire oui, ils dodelinent. L'axe de rotation de l'encéphale ne traverse pas la tête d'une oreille à l'autre, mais de la nuque au nez.

premiers chapitres

Mercredi 6 sept, dans l'avion. Ca y est, c'est parti. L'écran de visualisation du trajet de l'avion qui n'indique plus depuis longtemps des noms de ville familiers propose en ce moment Gwadar et Nawabshah.

Petit récapitulatif des événements des deux jours passés:

Lundi. suspens insoutenable: Manquent encore à l'appel le passeport de Roméo et le grand flight case dans lequel nous comptons transporter tout ce qui est lourd, encombrant et fragile (c'est à dire tout; nos sept slips mis en commun ne font guère de concurrence à la batterie électronique et autres synthé clarinette basse et matos de prise de son.)

Mardi. moment d'émotion: le flight est bien arrivé et il nous reste une heure d'ouverture du conservatoire pour tout rassembler et peser. Nous développons des trésors d'ingéniosité pour approximer le poids total des bagages avec un paroxysme d'intensité lors de la pesée du flight sur le pèse personne de 20 x 20 cm de Nico: 90 kg. (plus ou moins 15 kg d'incertitude, rapport à la précision du pèse-personne!) Poids des bagages: entre 120 et 150 kg (pour 100 autorisés). A 40 € le kilo supplémentaire, nous lançons une grande opération "kilo en trop".

Mardi soir: le hasard fait pas mal les choses: en feuilletant distraitement les billets d'avions, on tombe sur une clause qui mentionne le refus à l'enregistrement de tout bagage dépassant 32 kg. Que du bonheur: on abandonne batterie et clarinette basse sur place et on fourre tout le reste dans divers sacs de fortune, en redoutant vaguement les réserves que pourraient émettre à l'embarquement notre hôtesse à la vue des trente bagages à main que nous traînerons chacun...

Depuis, rien de croustillant à se mettre sous la dent, si ce n'est le tournevis confisqué à Nico en raison de son faciès inquiétant et un passage déodorant spécial à la hauteur de nos pieds dans l'avion. Etouffant dans les vapeurs olfacticides, Françoise proteste un peu. Mauvaise compréhension de l'agitateur d'aérosol qui s'exclame: "c'est vrai, c'est incroyable comme ça sent des pieds ici". Retorquade de l'élément féminin de l'expédition: "Je préfère encore l'odeur des pieds". Dernier mot pour le bellâtre: "C'est pour assurer des conditions de travail acceptables au personnel." Une enquête est en cours pour déterminer l'origine de cette tragédie diplomatique; à l'heure qu'il est Clément est en tête des sondages.

Nota Bene: Nicolas s'appellera également: Nico, nageotte, cageotte, clapotte, chafouette. Roméo sera également gromelo, montenegro, groslot et mon gros. Clément jappera aux doux noms de Clem, clamotte clapotte (encore?!) calotte. Françoise s'appellera sans doute souvent Françoise. Joris répondra aux doux noms de jrul ou gorul ou encore voui-voui, rapport à son sens inné de la diplomatie.

Spécial dédicace à notre homme "atout faire", Louije, dit également: "celui qui ramène de la tropezienne quand rien ne va plus".

Jeudi, la journée commence dans l'aéroport: 2 paquets de papier toilette font office d'oreiller. Objectif: quelques minutes de sommeil... mais en vain, bien sûr!